Légendes des monts d'Arrée et du Yeun Elez
"…lorsqu'on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d'un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu'on n'a jamais pu sonder la profondeur.
C'est la porte des ténè bres, le vestibule sinistre de l'inconnu, le trou béant par lequel on précipite les "conjurés".
Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s'y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles ".

Anatole le Braz
  La légende de la mort

Des phénomènes naturels constatés par les Anciens comme les feu follet ou les feux de tourbe "spontanés" (provoqués en fait par la foudre qui mettait le feu à la végétation recouvrant la tourbe) durant plusieurs mois de l'année, que seul un épisode pluvieux important parvenait à éteindre.
  De même, disparition inexpliquée de personnes qui s'embourbaient dans le marais après s'y être perdues en raison du brouillard qui recouvre fréquemment la région ou tombaient dans le trou d'une ancienne tourbière.
On entendait même les démons hurler la nuit : les ornithologues soupçonnent que les légendes concernant les hurlements sortant des "Portes de l'enfer", situées dans le Yeun Elez, s'expliqueraient par la présence à l'époque de butors (butor étoilé). Cet oiseau de la famille des hérons a un chant particulièrement sonore de corne de brume à l'époque de la reproduction et sa présence est attestée dans les monts d'Arrée au XIXe siècle.
  De nombreuses autres légendes concernent les marécages du Yeun Elez et les montagnes qui l'entourent : selon la tradition, l'Ankou y rôde.
Les Korrigans, qui appartiennent au légendaire celtique, dansent le soir sur la lande. La légende du " Veneur infernal" met en scène le seigneur de Botmeur avec le diable et donne une explication très particulière de la cuvette du Yeun Elez.

Le "Youdig" (petite bouillie) est une de ces appellations qui rendent à merveille la chose qu'elles désignent. A mesure que nous approchons de ce point du marais, le terrain se fait de moins en moins solide sous nos pieds. Les couches du détritus végétal sont, dans cette partie, encore tout imprégnées d'eau ; nous y enfonçons parfois jusqu'à mi-jambes. Après bien des tours et des détours, nous arrivons au cœur du Yeun. Là s'étale une flaque verdâtre, d'un abord dangereux et de mine traîtresse. C'est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre, le trou béant où l'on précipite les  "conjurés".

Anatole le Braz   Les saints bretons

C'est dans la région sauvage des Monts-d'Arrée que l'on risque le plus souvent de rencontrer les"Kannerezed noz" ("lavandières de la nuit").

Les lavandières de la nuit (ou de la mort) sont des âmes damnées, des "anaon", qui hantent les campagnes dans l'attente de leur délivrance dans l'Au-delà.

Aujourd'hui encore, des cérémonies druidiques sont organisées sur les rives du lac de Saint Michel, comme par exemple
lors de la cérémonie du nouvel an celte, car il associe deux éléments fondamentaux: la forêt et l'eau qui constituent un
cadre idéal pour la cérémonie.